Menu
voyages d'affai voyages d'affai
Le magazine des déplacements professionnels
Spécial Voyages d'affaires

Hôtels - Paris : vue sur le périph'

Julien Hirsinger
10/01/2018

Pour dénicher la bonne affaire hôtelière à Paris, il est parfois nécessaire de sortir des beaux quartiers. Voyage autour des 35 kilomètres du périphérique parisien, à la découverte d'une "hôtellerie des portes" où le standing n'est pas exclu. Enfin, pas toujours...


Holiday Inn Paris-Porte de Clichy
Holiday Inn Paris-Porte de Clichy
Le saviez-vous ? Fin 2017, le Grand Paris a probablement passé la barre des 450 établissements classés quatre étoiles. 

Tiens, prenons-en un au hasard. Dans le lobby, de grands luminaires tout en rondeur diffusent un halo soyeux et doré. Au restaurant, on sert du nem végétarien en entrée, du Portobello farci en plat et de la Dacquoise chocolat-noisette en dessert. Autour des tables, le personnel, impeccable, est aussi peu débraillé que la clientèle. Il faut dire qu’il y a du beau monde dans les salles de réunion de l’hôtel, occupées par les troupes d’Otis et IHG tandis qu’au sous-sol, L’Oréal réunit ses directeurs commerciaux pour un séminaire digital. 
Mais où sommes-nous ; Opéra, Champs-Élysées, Madeleine, Concorde ?... Pas du tout.
Le décorum du Holiday Inn Paris-Porte de Clichy donne le change à merveille mais il suffit de sortir de l’établissement et ouvrir les yeux pour effacer tout espoir de promenade aux Tuileries ou de lèche-vitrines dans le Triangle d’or. 

Bienvenue au royaume des Domino’s et des Speedy, des kebabs et des coiffeurs à 7 € la coupe ; bref, bienvenue dans le tout premier cercle de la Petite Couronne, à une centaine de mètres en retrait de ce périphérique parisien qui continue de faire office de frontière symbolique entre le rêve et la réalité.

Être d’un côté ou être de l’autre ; ce n’est pas la même chanson et même si le duty manager du Holiday Inn nous assure qu’il garde en back-up une liste des « bonnes adresses » du quartier à destination des clients lassés de dîner au restaurant de l’hôtel, force est de constater qu’il reste difficile de vendre du rêve au carrefour de la D19 et de la D912…

Mauvaise presse

À Paris comme dans d’autres métropoles, l’hôtellerie périphérique continue de traîner sa maussade réputation et rares sont les entreprises qui assument d’y exiler leurs collaborateurs.
«Mes voyageurs trouvent déjà trop loin un hôtel à 500 mètres de leur lieu de travail alors pas question de les envoyer en périphérie» s’insurge un travel manager. «L’hôtellerie périphérique, c’est comme le McDo : plutôt l’affaire des équipes techniques qui se font un peu de « gratte » avec des remboursements au forfait un peu plus élevés que le prix d’une chambre dans un hôtel F1» poursuit un autre en écho.

Les hôtels de la périphérie ne seraient-ils peuplés que de cols bleus perdus au milieu des touristes low cost dupés par des packages attirants ? Ce serait balayer un peu vite un parc hôtelier qui ne se limite nullement aux « chambres à partir de 44 € » que font miroiter aux automobilistes du périph’ des panneaux lumineux surgissant au-dessus des murs antibruit.

Rappel utile pour ceux qui n’auraient pas la géographie de la capitale en tête : les abords de Paris ne se résument pas à un long continuum de désolation urbaine.
Mettons déjà tout l’ouest de côté : bien que situés à quelques mètres du périphérique, le MGallery Molitor, le Hyatt Regency Paris Étoile ou le Meridien Étoile ne constituent nullement des points de chute dévalorisants…

De la même façon, il est tout à fait envisageable que les participants des grands salons organisés à Paris Expo Porte de Versailles préfèrent être logés à l’Océania, au Mercure ou au Okko voisins plutôt que de perdre du temps dans de fastidieux allers-retours avec le centre de Paris. Voilà pour les cas spécifiques. Mais pour le reste ?
« Il n’y a pas beaucoup de voyageurs d’affaires qui viennent ici par choix » reconnaît Mathieu Ménal, directeur des opérations du Novotel Paris Est, en surplomb des bretelles de la porte de Bagnolet.

Et pourtant, bien qu’ils constituent le fond de la clientèle, les groupes de touristes sud-américains, espagnols ou chinois ne suffiraient pas à remplir toute l’année les 609 chambres de ce porte-drapeau de l’hôtellerie périphérique, qui fut, en 1973, le premier établissement ouvert dans la région parisienne par le futur groupe Accor.
Là, comme aux autres portes de Paris, la clientèle affaires constitue bel et bien un complément essentiel.

« Ce qui attire chez nous cette clientèle, c’est le rapport localisation/prix et la prestation séminaires", explique Mathieu Ménal. "Ce qui nous avantage également, c’est la présence de centres d’affaires aux alentours, que ce soit dans les Tours Mercuriales ou dans la tour Eastview », où Orange Business Services a regroupé ses activités en 2014.

Avoir un bon voisin

Hôtels - Paris : vue sur le périph'
On touche là un point essentiel : en matière d’hôtellerie, la proximité fait loi et, pour comprendre le mix business des hôtels de la périphérie, il est essentiel de regarder les activités économiques qui se développent à leurs alentours immédiats.

Avoir un bon voisin : voilà ce qu’il y a de plus précieux pour des hôtels qui ne peuvent pas vraiment mettre en avant le charme de leur quartier d’implantation pour attirer le chaland.
Tout comme la présence d’Orange Business Services est une bénédiction pour le Novotel Paris Est, on peut imaginer que le voisinage des sièges français de STM Electronics ou Pfizer constitue un atout essentiel pour les hôtels de la porte d’Orléans, que la proximité du siège d’Essilor ne déplait nullement aux hôtels de la porte de Charenton ou que l’ouverture du nouveau siège de Veolia à Plaine Commune justifie en partie le frémissement des projets hôteliers perceptible au nord de la capitale.

Des projets qui ne sont par ailleurs plus condamnés à la standardisation. Bien sûr, le carcan esthétique des chaînes continue de régner en maître autour du périphérique mais on commence à voir émerger, aux alentours, quelques établissements qui sortent de l’ordinaire.

En 2008, l’ouverture du Mama Shelter, près de la porte de Bagnolet, avait ouvert une première brèche dans laquelle se sont engouffrés depuis une poignée d’audacieux pionniers comme le Vice Versa décoré par Chantal Thomas (près de la porte de Versailles) ou encore le MOB Hotel installé du côté de Saint-Ouen.
Et même les hôtels de chaine s’efforcent désormais d’introduire un peu de fantaisie dans le décor. 

Au Novotel Paris Est, la nouvelle terrasse égayée par le travail des graveurs fait fureur :
« les groupes entreprises adorent, c’est typiquement le genre d’endroits que les gens viennent chercher aujourd’hui, un peu destroy, industriel, authentique » témoigne Mathieu Ménal.

De la même façon, un peu plus loin au nord, le Mercure de la porte de Pantin a mis quelques touches de fun dans son offre, avec un restaurant servant les herbes et les légumes produits dans le potager de l’hôtel, des soirées musicales et une « terrasse éphémère » sur laquelle, à l’occasion, vient se poser un food truck. De quoi aider le voyageur d’affaires à oublier qu’il est si loin de la Seine…
Notez


Dans la même rubrique :
< >

Mardi 9 Octobre 2018 - 11:49 Concur : coup de lumière sur Airbnb






LIRE NOS PRÉCÉDENTS NUMÉROS



Nos autres publications et guides