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Dublin : le tigre suspendu

Adèle Dunois
12/11/2018

Le retour de la croissance a redonné un peu de tonus au "craic", cette manière typiquement dublinoise de prendre la vie du bon côté. Mais la perspective du Brexit soulève bien des incertitudes.


Dix ans après la crise financière planétaire qui avait précipité l'Irlande dans la tourmente (et les bras de la troïka), l'économie est à nouveau florissante : le taux de croissance a atteint 7,8% en 2017 et les premiers chiffres de 2018 sont tout aussi encourageants. Ces performances sont tirées par la présence à Dublin de nombreuses firmes étrangères aimantées par une fiscalité très attractive, dont des multinationales promptes à jongler avec leurs bénéfices...

Une réalité qui oblige la Banque centrale irlandaise (BCI) à souligner que l'activité "particulière" de ces entreprises crée des distorsions comptables qui gonflent les taux de croissance. Impossible donc de ne pas se poser la question de la dépendance économique du pays à une poignée de géants, GAFA et Airbnb en tête, suivis de près par un cortège de puissants labos pharmaceutiques ou de data centers gérant les données du Nouveau Monde. 

C'est le risque du pari irlandais : toutes ces structures opportunistes peuvent décider un beau jour d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte, dès lors qu'elles seront sûres d'y trouver des employés aussi compétents et encore moins chers... Mais pour l'heure, c'est un pari qui tient.

Reprise sur fond de crise immobilière

Alors qu'il était encore à 16% en 2011, le chômage a retrouvé des niveaux "structurels" (5% en 2017). Et les grues sont de nouveau à la manœuvre. Mais dans une ville où 80% des résidents sont propriétaires, l'offre d'immobilier résidentiel ne suffit pas encore à répondre à la demande. 
"Nous vivons une reprise économique sur fond de crise immobilière", grince Ryan, jeune Dublinois polyglotte confronté à la difficulté de se loger dans sa ville natale. 
Et alors qu'il travaille dans l'un des restaurants les plus chics et trendy de la capitale, il avoue être tenté, comme tant d'autres, par l'émigration. Les statistiques souriantes de la reprise ne racontent pas toute l'histoire et pour tous ceux qui ne sont pas hébergés par de grands groupes, acheter devient un souci avec des crédits à très long terme. 

La folle inconnue du Brexit

Pour l'Irlande, la grande affaire du moment, c'est évidemment la sortie de l'Union européenne du géant voisin. Et, sur ce sujet, le brouillard reste opaque : 

"Le Brexit, tout le monde en parle mais personne ne sait ce qui va réellement se passer", glisse François Tessier, responsable de projets au sein de l'agence réceptive Moloney & Kelly. 

L'Irlande est, littéralement, en première ligne. D'une part parce que le rétablissement d'une frontière - même uniquement douanière - entre la province d'Ulster et la République d'Irlande ravivera forcément les fantômes de la guerre civile. D'autre part parce que le Royaume Uni est le marché naturel et historique des PME irlandaises. 
Certes, une agence gouvernementale a été créée il y a vingt ans pour leur ouvrir de nouvelles perspectives, ce qui a permis de ramener leur part d'export vers le Royaume-Uni à 35% contre 45% à l'orée du millénaire. Mais 35%, c'est encore énorme, surtout à un moment où la baisse de la livre sterling rend de facto le business moins rentable. 

Le tourisme, industrie majeure, n'échappe pas non plus à cette grande incertitude : là aussi, le Royaume-Uni reste le principal marché émetteur. La Irish Tourism Industry Confederation (ITIC), qui réunit la plupart des acteurs importants du secteur, a même crée un onglet "Brexit" sur son site internet pour informer ses membres des enjeux du moment. 
Le titre du dernier rapport, mis en ligne le 25 juillet 2018 : "Deal or not deal". On dirait du Shakespeare et cela illustre bien le désarroi ambiant. Quoi qu'il en soit, les projections comptables de l'ITIC font froid dans le dos : une sortie sans "deal" aurait un impact immédiat de 260M€ sur le secteur. 

Les Irlandais s'accrochent donc à l'espoir d'un accord arraché en phase finale. Les plus optimistes - et le Sinn Fein - tablent de leur côté sur une réunification de la province d'Ulster et de la République d'Irlande. Et pourquoi pas ? "La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit" disait Oscar Wilde, né en 1854... à Dublin. 
 
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